2010, vers la reconnaissance de l’agriculture méditerranéenne (copie 1)
Le passage neigeux d’un caractère exceptionnel que nous venons de traverser a provoqué l’effondrement d’ un nombre important de serres. Cela me renvoie aux aléas climatiques de cette année 2009: la neige qui détruisit des serres déjà il y a un an, puis la grêle en juillet sur le vignoble de la Ste Victoire. Cette mauvaise série continue aujourd’hui. Nous en appelons à nos élus et aux pouvoirs publics pour leur soutien indispensable.
Ces évènements climatiques interviennent après une année noire en 2009, sur le plan économique aussi.
Aujourd’hui, nombre d’ exploitations agricoles sont en crise profonde, et les conséquences ne sont encore qu’à peine mesurables. Je peux vous affirmer que beaucoup d’entre nous n’ont pas pu payer les échéances de leurs prêts de campagne, qu’ils sont endettés hors délais chez leurs fournisseurs, à la MSA, et que pour certains les factures d’eau, ont fini d’assombrir leur situation.
Les ventes de l’année n’ont couvert les charges engagées que pour très peu d’entre nous.
Pour les ventes sur les circuits de gros, chacun a pu constater les cours trop bas, inférieurs aux coûts de productions. Les Organisations de Producteurs n’ont malheureusement pas été épargnées, malgré les ouvertures qu’elles avaient sur les marchés.
Pour les circuits courts, les volumes sont en régression significative et le manque de pouvoir d’achat a été un véritable frein à la consommation.
Un tel constat implique dans l’immédiat une incapacité financière à redémarrer une nouvelle année, qui demande à nouveau de l’argent, mais aussi de la confiance et un horizon moins brumeux.
Alors , que vont faire les agriculteurs ?
Bien peu affichent leur désarroi, enfermés dans l’amertume de ce qu’ils vivent !
Le Plan d’Urgence présenté par le gouvernement n’offre que l’espoir de quelques poignées d’euros pour combler un manque de milliers d’euros de factures à payer.
Certains piocheront dans le patrimoine pour relever la tête et re-tenter une campagne 2010 qui pourrait les remettre à flot.
D’autres disparaîtront …
Nous ne devons pas laisser faire cela, pour les jeunes, pour la production française, pour notre Provence.
Dans de nombreux pays européens, voisins et concurrents, l’Etat veille sur son agriculture et favorise son maintien ; le nôtre nous rend la vie de plus en plus difficile : règlements, contrôles , interdictions pour nous et une trop grande liberté pour d’autres.
· Qu’il s’agisse des nombreux produits phytosanitaires interdits en France, mais autorisés et largement utilisés dans le reste de l’Europe : c’est la survie de nombreuses productions qui est en jeu
· Qu’il s’agisse du coût de la main d’œuvre qui reste en France la plus chère d’Europe ! c’est bien notre compétitivité qui est en cause
· Qu’il s’agisse de la pression de la grande distribution, libre de toute entrave dans les relations avec ses fournisseurs. Mais sans que le coefficient multiplicateur, prévu pour gérer les crises, soit appliqué !
J’attends de la politique agricole de la France des propositions fortes pour retrouver le chemin d’une évolution positive de notre agriculture : moderne, innovante tout comme attachée à la diversité des cultures et des terroirs.
Mais revenons un instant à la situation dans les filières.
En fruits et légumes, tous nos produits ont été mal menés en même temps sur les marchés. Dès la fin du mois d’août nous alertions les pouvoirs publics sur la perte de 85 millions d’euros de la Ferme « Bouche du Rhône » et il ne s’agissait que du chiffrage des huit principales productions : l’aubergine, la courgette, le melon, la tomate, l’abricot, la pêche, la poire et la pomme. Aujourd’hui nous dépassons les 100 millions d’euros de perte de chiffre d’affaires et la campagne salade n’a guère apporté d’ amélioration jusqu’à ces derniers jours.
Les produits d’importation, à des prix défiants toute logique déferlent sur nos marchés, issus d’une main d’œuvre exploitée et mal payée, parfois sous 2 euros de l’heure avec des conditions de productions non contrôlées et des règles commerciales totalement faussées. Et l’Europe qui vient d’ouvrir un peu plus nos frontières au Maroc, par un nouvel accord unilatéral : préférence communautaire, avez vous dit ?
La filière viticole n’est pas non plus à l’abri de turpitudes. En 2009 il a fallu se battre pour conserver l’existence de notre rosé, remis en cause par les vins coupés. Dans le même temps la réglementation de plus en plus stricte place la consommation d’alcool au rang des délits, confondant tequila à 40° d’alcool et vin de pays à 12° !
Une consommation modérée de vin est un excellent apport à la santé, comme nous le disons depuis une décennie avec notre marque Nutrition Méditerranéenne en Provence. En ce début d’année 2010, une équipe scientifique française (CNRS-INSERM et Universités) vient de découvrir l’élément par le biais duquel les poly phénols du vin réduisent le risque cardiovasculaire ; heureuse découverte !
La filière de l’huile d’olive, pour la deuxième année, a vu sa production exploser, victime involontaire de conditions climatiques exceptionnellement bonnes !
Une réflexion sur l’ouverture de nouveaux marchés est d’actualité pour ne pas perdre l’effort de développement et d’organisation de cette filière.
La récolte de céréales est faible en blé dur. En 2009, après les prix extraordinaires d’il y a deux ans, le cours des céréales est redescendu. Par contre la production de riz est en forte croissance, du fait de l’augmentation des surfaces et de conditions climatiques favorables.
Pour les éleveurs, l’année 2009 restera celle de la taxe à l’équarrissage, une charge nouvelle pour un service public ! Et dans un contexte ou la consommation de viande est à la baisse, les cours des marchés ne poussent pas du tout à l’optimisme.
C’est pourquoi, face à la difficulté rencontrée par toutes nos filières, nous devons nous interroger sur l’avenir de notre agriculture.
Notre civilisation a débuté avec l’agriculture. L’agriculture est un outil de la paix dans sa nature même. L’agriculture est un puissant fédérateur des énergies et des volontés comme l’a montré la construction de l’Europe assise sur la PAC.
Rappelons que sans elle, l’avenir de la femme et de l’homme n’existe pas.
Alors, la PAC sera-t-elle une solution ?
Elle peut nous apporter sa contribution. Nous préparons la réforme de 2013 avec beaucoup d’énergie, car le sud de la France a été le parent pauvre de la politique européenne. Il nous faut donc obtenir la reconnaissance de l’agriculture méditerranéenne, dont le rôle de production est essentiel, en plus des atouts environnementaux , j’allais dire des atours, qui sont les siens. Je m’attache à ce dossier et à la lutte que nous devrons mener pour obtenir un budget important de la PAC, parfois contre les autres pays européens et même face à nos collègues des autres régions.
L’ouverture du soutien aux productions légumières de plein champ n’est qu’un premier pas, bien timide et insuffisant malgré toutes les promesses faites.
Nous devons aussi rechercher des solutions près de chez nous.
Si aujourd’hui nous sommes sensibles aux conséquences annoncées du réchauffement climatique et aux problèmes alimentaires, les solutions que nous voulons pour la planète intègrent aussi l’agriculture, riche de ses hommes et de sa terre.
Nous avons besoin de terres dédiées et protégées de la spéculation, pour maintenir nos activités. La terre agricole se trouve aujourd’hui convoitée par des vendeurs de panneaux photovoltaïques à tous les étages. Réveil difficile assuré au bout du compte et effet collatéral incontrôlé du Grenelle de l’environnement ; je rappelle que
74 000 ha de terres agricoles disparaissent chaque année en France, l’équivalent d’un département tous les 10 ans.
Nous avons besoin d’eau pour irriguer, l’eau c’est l’alpha et l’oméga de nos systèmes agricoles mais aussi l’origine, je dirais mieux, la source d’une biodiversité très riche dans la région . Non par chance mais grâce à notre organisation, nous disposons déjà d’eau en abondance, et nous pourrions en avoir des quantités sans limites avec le Rhône.
Nous avons besoin de conditions de productions optimisées pour développer la qualité grâce à la recherche, l’expérimentation et l’appui technique indispensable. Or, grâce à ce travail de longue haleine, nous constatons aujourd’hui que plus de 50% des agriculteurs des Bouches-du-Rhône sont fidèles à un signe de qualité : historiquement avec les AOC et les Labels Rouges, ensuite avec Nutrition Méditerranée et l’Agriculture Raisonnée et plus récemment avec l’Agriculture Biologique.
Nous avons besoin de circuits diversifiés de vente : de la vente directe, oui, avec des paniers individuels, des marchés paysans, des magasins de producteurs, des circuits courts. L’opération exemplaire que nous menons avec le conseil général « manger autrement aux collèges » arrive progressivement à maturité. Tous ces circuits de vente locale doivent poursuivre leur développement.
Mais il y a aussi les circuits de gros, qui représentent la très grande partie de notre économie, et qui ont besoin de sécuriser correctement leurs ventes. Quand Tomato Land s’implante avec des contrats aux agriculteurs locaux, c’est l’emploi qui redémarre. Contractualiser, ce n’est pas qu’avec la Grande Distribution, dont la fiabilité demande à être démontrées. C’est aussi avec toutes les entreprises auprès desquels nous sommes prêts à nous engager en volume, en qualité et en prix. Ainsi nous manquons d’industries, ou d’artisans même dans l’agroalimentaire, pour développer nos gammes de produits et contractualiser nos circuits commerciaux.
Mais de grâce, que la volonté exprimée lors du Grenelle de l’environnement, ne soit pas d’un extrémisme ravageur.
Que les parcs naturels régionaux, dont le but est l’association intelligente de l’économie et de l’écologie, cessent de vilipender les agriculteurs et de prôner une agriculture de cueillette réduite à sa plus simple expression !
Que le projet de Trame verte- trame bleue ne rejette pas l’agriculture au ban des activités néfastes dans des zones interstitielles, délaissées.
Que l’Etat n’interdise pas des produits phytosanitaires sans que nous puissions mettre en œuvre des solutions alternatives, réelles et efficaces. Le danger est d’être à découvert quand de nouveaux prédateurs (voir touta absoluta) se répandent avec avidité et rapidité.
De grâce, ne jouons pas toujours en France les meilleurs élèves qui mettent en œuvre avant les autres les réglementations. Bien sur il faut que tous les pulvérisateurs soient mieux réglés, les tracteurs immatriculés et sécurisés, les hommes formés, les formulaires renseignés, mais il ne faut pas que l’agriculture soit saignée. On se vide de sens quand on fait trop, trop vite et mal, au final.
L’échec de Copenhague doit nous faire revenir à une juste appréciation de ce qui peut être fait chez nous : une exemplarité qui n’est pas suivie par les autres se retourne en handicap.
La France est reconnue comme le pays de la qualité pour ses produits agricoles. Ne perdons pas ce formidable savoir faire pour un faire valoir qui ne serait qu’un vernis, une image, une utopie !
2010 : nous sommes déjà à l’œuvre sur de grands chantiers.
Je veux parler de la Loi de Modernisation Agricole engagée par le gouvernement, du Plan Agricole Départemental auquel Pascal Vardon, directeur adjoint de la toute nouvelle DDTM nous invite à participer et au Plan d’aide à l’agriculture que propose de mettre en place JN Guérini, président du Conseil Général.
Principalement sur la Loi de Modernisation Agricole, nous avons déjà beaucoup de choses à dire à l’heure où le texte va débuter son parcours au Parlement.
Sur le volet alimentaire en premier lieu, pour réaffirmer le rôle majeur de notre agriculture française dans la production alimentaire, ce qui implique :
1. une amélioration de l’étiquetage sur l’origine des matières premières et lieux de fabrication,
2. des contrôles identiques sur nos produits français et ceux issus de l’importation en matière sanitaire et de résidus notamment.
Sur le volet économique ensuite, avec la volonté d’assurer la pérennité agricole de la France au travers :
1. D’une défense sans faille mais adaptée de la Politique Agricole Commune
2. Du développement d’outils de gestion de risques, qu’ils soient climatiques ou économiques
3. De nouvelles formes d’accompagnement des agriculteurs qui s’organisent face au marché et qui souhaitent contractualiser leurs ventes sur des bases équitables, donc avec un environnement protecteur et réducteur des inégalités, ô combien manifestes dans la négociation commerciale !
Sur le volet aménagement, il faut en finir avec le grignotage et la spéculation des terres agricoles en défendant :
1. des mesures contraignantes dans le cadre des PLU et des SCoT pour préserver le foncier agricole ; ne nous méprenons pas : les friches d’aujourd’hui, montrées du doigt avec convoitise, seront demain, je le crois, l’assise bienvenue du renouveau pour nos productions.
2. le refus des activités de production d’énergies renouvelables au titre de l’agriculture
3. la densification des zones urbaines comme axe prioritaire de gestion de la croissance démographique
4. la simplification et la cohérence des textes réglementaires, comme par exemple sur les cours d’eau, les zones de protection : Natura 2000, réserves naturelles, ZPS, PNR, sans compter les directives paysages, oiseaux … qui réduisent sans cesse notre potentiel agricole
Sans être exhaustifs, et avec d’autres, ces éléments sont essentiels de ce que nous reprendrons dans les réflexions que nous allons mener avec la DDTM et le Conseil Général.
Ces travaux ne sont pas nos seuls axes prioritaires pour 2010.
Nous nous efforcerons de faire valoir nos positions, celles de la CA13, sur le développement des énergies renouvelables : c’est le cas du photovoltaïque dont l’irruption sur la scène agricole est aussi forte que soudaine ; le travail de la CA13, et j’en remercie tout particulièrement les élus du Bureau, est apprécié et reconnu.
Nous accompagnerons les agriculteurs en difficultés, car nous savons malheureusement que les situations difficiles seront à l’ordre du jour des mois à venir.
Nous travaillerons également sur la vulnérabilité des terres agricoles le long du Rhône, et à la mise en place d’un Organisme Unique de gestion de la nappe de Crau.
Nous poursuivrons notre engagement dans le développement des circuits courts, bien sur avec l’aide du Conseil Général auprès des cantines des collèges, mais aussi avec les municipalités qui souhaiteront s’engager avec les agriculteurs locaux pour approvisionner leurs cantines centrales.
Enfin, je ne pourrai pas conclure sans vous dire que la Chambre d’agriculture est aussi engagée dans le grand chantier de la RGPP. Nous sommes un établissement public et à ce titre l’Etat n’a pas oublié de nous demander notre engagement
dans une optique forcement très dépendante de la réforme des collectivités qui représente plus du quart de nos ressources. Nous sommes déjà dans le concret pour notre part : la fusion avec l’ADASEA et la régionalisation des missions d’élevage sont accomplies. Nous avons porté de 4 à 7,3% notre contribution à la Chambre Régionale d’agriculture, ce qui représente une enveloppe de plus de 160 000 euros.
C’est pourquoi nous sommes assez remontés contre l’annonce qui vient de nous être faite : notre budget 2010 ne bénéficiera d’aucune augmentation de la Taxe sur le foncier et nous devrons encore augmenter notre part régionale pour atteindre au moins 10 % en 2012. Le point de rupture de notre équilibre risque donc d’être atteint dès cette année et avec un horizon peu assuré.
Mais pour finir sur une note plus optimiste, je me réfère à deux données fondamentales de notre époque :
D’une part la population mondiale augmente, va encore augmenter sensiblement, celle de la France avec, celle de la Provence aussi.
D’autre part, l’énergie fossile qui sert notamment au transport se raréfie, et toutes les énergies nouvelles coûtent plus cher,
Population, proximité, comment dans un tel contexte ne pas croire que l’agriculture méditerranéenne a son avenir devant elle.
Je vous remercie.
André BOULARD