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L'édito

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Des vœux d’espoir pour 2012

J’ai très grand plaisir de vous présenter avec fierté les vœux de la Chambre d’agriculture des Bouches du Rhône, au nom de tous les agriculteurs et de tous ceux qui concourent à leurs réussites.

Je dis avec fierté car malgré la crise qui affecte l’agriculture, nous avons la volonté de relever les défis de l’agriculture de demain.
Et pour une fois, si vous le voulez bien, je vais appuyer mon propos de quelques éléments chiffrés. Il s’agit des premiers résultats du recensement général de l’agriculture 2010 qui ont été publiés très récemment et sont très éclairants sur les  évolutions en cours  depuis 10 ans.

Sur notre foncier agricole d’abord
Notre SAU*a diminué de 9 % depuis l’an 2000, et il ne nous reste que 148 000 ha.  Diminution d’ailleurs un peu plus forte que la moyenne nationale française. Il est vrai qu’ici, la pression de l’urbanisation est plus marquée, que l’artificialisation des sols va bon train sous la pression des promoteurs et aménageurs, et il est vrai que la concurrence est d’autant plus vive qu’historiquement les hommes installent les villes sur les terres fertiles.
Lutter contre cette disparition du foncier est notre combat premier. D’abord parce que toute perte dudit foncier agricole vaut perte du support de la production alimentaire et cela au moment même où les consommateurs demandent des produits locaux, des produits de qualité. Ensuite parce que la dilapidation de ce patrimoine serait grave au regard de l’indépendance alimentaire française et européenne. Il faut rappeler que l’Europe « importe » déjà l’équivalent de la production de 35 millions d’hectares et que, dans le même temps, les grands pays tels que la Chine louent ou achètent des millions d’hectares, certes pour se prémunir d’une éventuelle hausse des prix des produits agricoles et subvenir au besoin de leur population mais demain, pourquoi pas, pour exporter chez nous leurs productions à partir de ces bases externalisées et selon les standards qui leur sont propres.
Mais combien la France importe-t-elle d’équivalents hectares de l’Europe elle-même, de l’Espagne, de l’Allemagne, pour sa consommation de fruits et légumes ? De combien d’hectares  faudrait-il élargir la SAU des Bouches du Rhône si l’on décidait de relocaliser chez nous ces productions ?

* (Surface Agricole Utile)

Produire en France
Tel est le slogan à l’aube de cette année électorale pour les candidats à la présidentielle. Le challenge vaut pour notre industrie, mais aussi pour nos productions agricoles les plus exposées aux distorsions de concurrence internationale et intra européenne.
Dans l’attente de jours meilleurs, tous, élus, fonctionnaires et population, doivent partager avec nous ce souci :  la terre agricole n’est pas un réservoir dans lequel on vient piocher selon les besoins d’habitat, de zones d’activités ou de zones photovoltaïques au sol.
Et incidemment, comment ne pas évoquer le projet de la PAC 2014 qui prévoit 7 % de la SAU dédiés « à des focus écologiques »,!  7 % rendus à l’état de nature en clair  Comme si l’agriculture n’était pas le moteur premier de la biodiversité !  
          
Et comment ce territoire vivrait-il sans l’eau ?
Chez nous il y a beaucoup d’eau, ce n’est pas un hasard. Cela résulte de l’investissement des hommes pour retenir, canaliser et distribuer  ce don des montagnes,  jusqu’au plus près de chaque utilisateur. Cela fait des siècles que les agriculteurs assurent l’entretien et la gestion des réseaux.
Aujourd’hui l’eau sert à tous, et plus encore aux villes et à l’industrie qu’à l’agriculture ; il faut donc recréer l’organisation du partage des charges et du bénéfice de cette eau. Car la charge ne peut plus être supportée par les seuls agriculteurs.  

Net recul des agriculteurs au RGA

Globalement, il reste 4900 exploitations dans les Bouches du Rhône, 900 ont disparu en 10 ans : une sur six.
Sur ce nombre, 2300 ont ce que  les statistiques appellent un « potentiel de production » inférieur à 25 000 € par an ; 2600 soit grosso modo l’autre moitié ont un potentiel de production supérieur à 25 000 €/an. Parmi ces dernières 1200 ont un potentiel supérieur à 100 000 €. Or, fait étonnant en apparence, c’est le nombre de ces grandes exploitations qui s’est le plus fortement réduit en 10 ans : - 22 %.
On le comprend mieux quand on précise que ces grandes exploitations sont à dominante fruits et légumes dans le département.

La débâcle des fruits et légumes
La débâcle, j’ose le mot, qui pèse sur ce secteur des fruits et légumes explique que ces exploitations nourrissent au premier rang le cimetière des disparues.
Depuis 2000 : : - 20 % des surfaces de vergers, - 15 % des surfaces maraîchères ! Qui se traduisent par  - 25 % d’exploitations de serristes et  - 54 % d’exploitations spécialisées et horticoles.
Heureusement, tout n’est pas si noir pour d’autres secteurs qui résistent mieux comme les grandes cultures, viticulture, oléiculture ou l’élevage.
L’effondrement du secteur fruits et légumes se traduit dans le revenu. En 2011, le revenu moyen par actif en viticulture est de 55 000 € et cache évidemment des disparités très forte selon les régions ; il est de 32 000 € en céréales oléo-protéagineux, 30 000 € en bovin lait et, fermez le ban, 10 000 € en arboriculture, 4700 € en maraîchage. 4700 € par an, même pas 400 € par mois, soit très en dessous du seuil de pauvreté. N’est ce pas une débâcle, est-ce admissible ?

Et à ce point, je voudrais saluer l’initiative de la grande distribution qui vient de s’investir dans l’approvisionnement des Restos du Cœur, pour que ceux-ci puissent satisfaire aux besoins alimentaires des plus déshérités de notre société. Faudrait-il que les paysans à leur tour rejoignent les rangs de tous les malheureux qui accourent bien trop nombreux vers les Restos du Cœur, pour pouvoir récupérer par ce biais détourné la part de valeur ajoutée qui leur fait défaut pour vivre dignement malgré un travail de chaque jour sans compter.
Cette part de valeur ajoutée qui nous fait défaut c’est notre manque à gagner.

Des prix de vente trop bas, des charges trop lourdes
Les charges: pour tous les secteurs de production et même ceux dont les prix en 2011 ont été orientés à la hausse, l’embellie a été absorbée par la forte augmentation des coûts des intrants, de l’alimentation animale, de l’énergie et des engrais. A quoi il faut ajouter depuis le début de l’année 2012 le passage de la TVA sur les produits phytosanitaires de 5.5 à 19,6 %.
Les agriculteurs au forfait apprécieront tout spécialement mais la motivation de cette mesure retient aussi l’attention : le gouvernement dit en attendre moins d’utilisation des produits phytosanitaires, qu’ils soient de synthèse ou d’origine naturelle !!

Les charges, toujours, pour les productions spécialisées sont grevées par les coûts de main d’œuvre, élément fondamental de la concurrence que nous subissons en Europe même, de la part de nos voisins espagnols ou allemands
Nous ne demandons surtout pas à baisser les salaires chez nous, mais à ce que les coûts de main d’œuvre s’égalisent. Un pas avait déjà été fait avec l’allègement des charges pour les occasionnels, un nouveau pas a été franchi, suite au rapport du député Bernard REYNES, dont je salue l’opiniâtreté sur le sujet, concernant les salariés permanents.
De l’espoir encore, et c’est d’actualité, avec la TVA sociale que la profession réclame de longue date et qui pourrait voir le jour prochainement. Il s’agit bien de faire peser sur les importations nos surcoûts sociaux. Nous le répétons, c’est la voie à prendre.

Alors j’en fais la suggestion à nos candidats à la présidence, déclarés ou futurs. Il y a bien une Europe monétaire, oui, politique, sans doute un peu, mais une Europe sociale, non, et c’est là que le bât blesse. Il faudra la porter sur les fonds baptismaux, cette Europe sociale, sous peine d’une explosion comparable à celle des déficits publics et des soubresauts monétaires.
Nous avons chiffré les pertes fruits et légumes pour les Bouches du Rhône à 135 millions d’euros. Ce chiffre n’a jamais été contesté et notre méthodologie a été même reprise par ailleurs. En retour, le plan d’aide est de 25 millions d’euros pour toute la France dont 2.8 millions d’euros pour les Bouches-du-Rhône. Mais attention, cette enveloppe risque fort de ne pouvoir être consommée. Là aussi, des critères draconiens servent de couperet aux demandes des producteurs.
Bel effet d’annonce au total pour pas grand-chose.

Bel effet d’annonce aussi pour l’indemnisation des calamités climatiques,  multiples hélas depuis 2010 : neige, tempête, gel, grêle, inondation.  Et après dépôts des dossiers auprès de l’Administration, une longue, très longue attente … de dossiers en suspens aux compléments d’informations requis…  jusqu’à des débuts de versements bien tardifs. Ne jetons pas l’opprobre sur l’Administration tenue de l’application stricte des règles, mais nous regrettons ses lenteurs dans des moments critiques pour la survie des exploitations.


Alors quelles perspectives, quels espoirs ajouter à ce que je viens d’évoquer ?

D’abord parer aux risques par un système d’assurance récolte viable, car l’assurance récolte a du mal à décoller : le seul moyen pour en rendre le coût acceptable est la mutualisation, c'est-à-dire la rendre obligatoire.
Mais aussi, parer aux risques encore par les fonds de mutualisation pour  les risques sanitaires qui sont eux obligatoires depuis le début de cette année 2012. J’y suis favorable mais il faudra un concours puissant de l’argent public pour en faire un outil efficace.

De l’espoir encore par la promotion de la qualité de nos produits.
Il s’agit encore d’élargir les initiatives locales et les choses bougent à ce niveau. En témoigne le dépôt de la marque » Provence » par la Région, en témoigne l’initiative de relance et de renouveau autour du MIN de Châteaurenard et dans le périmètre du Pays d’Arles avec le concours de notre établissement.

En témoigne encore notre propre programme « Goûter au 13 » : nous avons pris les devants avec cette  expérience originale que nous conduisons comme un réseau d’expérimentation et de démonstration : aborder les collectivités, accéder aux marchés de proximité, petits et gros, répondre aux marchés publics.

Comment à ce point ne pas évoquer l’organisation économique ? L’Europe fait l’apologie du modèle des Organisations de Producteurs Fruits et Légumes, en l’étendant aux autres secteurs de production. Pourtant, que de lourdeurs administratives, que de complexités étouffantes, sinon parfois mortelles.  Ce modèle d’organisation des OP n’est pas une panacée ni le seul viable, loin de là, mais ses règles doivent être revues, c’est crucial pour y faire adhérer un plus grand nombre d’exploitations.

Je conclurai en remerciant tous ceux qui nous accompagnent dans ces énormes chantiers. Merci au Conseil général, notre partenaire naturel, merci au Conseil Régional, merci à toutes les communautés de communes et d’agglos.

Les agriculteurs ont la peau dure, ils sont bien vivants et avec la Chambre d’agriculture comme avec nos organisations professionnelles,  nous comptons bien nous faire entendre et peser dans la vie de notre département.
C’est avec le cœur et l’esprit pleins d’espoir et de force que je vous adresse mes vœux de bonne année 2012 pour que votre dynamisme à tous nous fasse franchir ensemble les difficultés d’aujourd’hui.
Je vous remercie.


André Boulard
Président de la Chambre d’agriculture