Le carrefour des horizons
En quelques décennies, notre environnement a changé. Les citoyens n’ont plus de parents agriculteurs et leur alimentation n’a plus de terroir, elle n’a plus de prix ! Cette réalité nouvelle est dangereuse, et plus aucune action publique ne peut l’ignorer plus longtemps … sauf à risquer de vivre demain une société de privations et de conflits ; car pouvoir manger en toute sécurité et identifier son territoire sont des fonctions instinctives et historiques inhérentes à l’homme.
L’agriculture est au cœur de ce défi majeur du siècle. Son rôle est essentiel pour répondre à une demande alimentaire en développement et en mutation, pour préserver l’environnement et contribuer à une croissance durable.
La France a commencé, depuis déjà de nombreuses années, à répondre à ces exigences nouvelles. Confrontés, les premiers, à notre environnement dégradé, de nombreux agriculteurs ont développé des méthodes inventives, écologiquement durables et productives. Ils démontrent quotidiennement que l’agriculture peut valoriser nos ressources, préserver la richesse des écosystèmes, sécuriser les productions avec moins d’intrants, desserrer la contrainte énergétique et participer à la lutte contre les perturbations du climat.
Depuis longtemps déjà, les progrès techniques ont permis de réduire les intrants : engrais, désherbants et produits phytopharmaceutiques notamment. La volonté de ces hommes et de ces femmes, attachés à produire plus avec le respect de la nature, a ainsi donné naissance à un paysage foisonnant de pratiques réussies, individuelles et collectives.
Les initiatives individuelles, pourtant, ne relèveront pas, seules, tous les défis : le soutien politique doit les accompagner pour construire une dynamique collective
De plus les agriculteurs ont besoin de toute la société pour porter de nouveaux outils face aux défis nouveaux du monde.
Fondé sur une analyse lucide des enjeux à relever et sur le constat encourageant d’initiatives réussies, les voies sont ouvertes pour une agriculture réinventée, conciliant performance économique et efficacité écologique. Elles passeront par le dialogue, la recherche, l’innovation, la structuration des filières d’avenir et des territoires, l’inscription de nos pratiques dans la durée des cycles naturels.
Le calendrier d’une telle ambition n’est pas celui des échéances ministérielles ou électorales. Il n’est pas non plus celui des modes et des effets médiatiques.
Il faut cependant donner du temps au temps, le temps nécessaire aux évolutions humaines et sociales autant qu’aux transformations des pratiques et des usages.
A l’aube des débats sur la politique agricole commune, ne pourrait-on envisager un contrat social liant les agriculteurs et le reste de la société, qui définirait les missions de l’agriculture et fixerait de nouveaux objectifs partagés au niveau européen et décidés par les citoyens. Ne pourrait-on envisager une régulation des marchés et une sécurisation des risques, une production performante, le maintien des emplois en milieu rural, une valeur ajoutée équitablement répartie, la rémunération aux agriculteurs des services environnementaux et biens publics.
Non, ces valeurs ne sont pas dépassées !
Oui, beaucoup les partagent.
Courage, le débat ne fait que commencer.
André BOULARD
Président de la Chambre d’agriculture