LE PAYSAN ET LA FOURMI
« Eh ! Fourmi, pourquoi tu as une grosse tête ? »
Ma vie m’est chère,
Mais s’il le fallait,
Ma vie, ma vie entière,
Je la donnerais,
Pour la Terre
De mon père,
De ma mère,
Pour la Terre
Qui m’a vu naître un jour…
Ah ! La Provence, comme elle est belle avec sa lumière qui fait chanter toutes les couleurs !....
Quelle merveille qu’un grain de blé ! Un seul petit grain et voilà que les grandes tiges blondes ondulent entre les champs de lavande…
Le paysan est assis à sa table recouverte d’une toile cirée à carreaux rouges et jaunes avec devant lui un bol de soupe fumante. Il attend un peu qu’elle refroidisse pour pouvoir la manger. Il est triste, non pas parce qu’il est pauvre et vieux, non, il est triste parce qu’il est seul et que rien ni personne ne vient atténuer sa solitude.
Soudain, là, devant lui, sur la table, passe une petite fourmi poussant un grain de blé.
Il l’observe un moment et se décide :
« Eh ! Fourmi, pourquoi tu as une grosse tête ? »
« Moi ? Eh bien ! C’est parce que je suis intelligente pardi ! »
« Oh ! Fourmi, tu te vantes. Et pourquoi tu as beaucoup de pattes et qui sont si longues ? »
« Ben, c’est parce que je cours vite ! »
« Vite, vite, tu exagères un peu quand même ! Et pourquoi tu as la taille si fine ? »
« C’est parce que je mange très peu ! »
« Et ce grain de blé, combien de temps tu vas mettre pour le manger ? »
« Moi ? Deux ans »
« Tu te moques de moi fourmi ! Je ne te crois pas »
Et le paysan prend sur sa cheminée un petit pot de terre, délicatement y dépose la fourmi et son grain de blé, remet le bouchon et repose le pot sur la cheminée.
Et le temps passe : un an, deux ans, trois ans, quatre ans, et un jour le paysan passant devant sa cheminée et voyant le pot de terre s’écrie :
« Bon sang ! La fourmi ! »
Vite il ouvre le petit pot et verse son contenu sur la table. Et là, il en sort une fourmi bien vivante ma fois et la moitié du grain de blé.
« Menteuse ! Tu m’avais dit qu’il te fallait deux ans pour manger ce grain de blé et voilà quatre ans que tu es dans ce pot et tu n’en as mangé que la moitié ! »
« Eh ! Paysan, tu vois bien pourquoi j’ai une grosse tête ! »
Un grand merci à Renée Agati Colomban et Pierre Clément, auteurs de ce joli conte.