Plus de 15 années d’actions communes au service des éleveurs ovins transhumants !
Par René TRAMIER (Président de la Commission Elevage) et Patrick FABRE (conseiller ovins)
- L’amélioration du revenu des éleveurs
Le début des années 1990 fut essentiellement marqué par les problèmes économiques rencontrés par les éleveurs ovins, liés à la crise de la viande ovine. Notre travail au sein du Service Elevage de la Chambre d’agriculture était alors essentiellement ciblé sur l’amélioration du revenu : appui technique auprès des éleveurs et suivi de fermes de références, afin notamment d’améliorer la productivité dans les élevages (conduites sanitaire, de la reproduction, cultures fourragères, techniques de pâturage…) ainsi que la valorisation des agneaux. Une grande attention était également portée sur les conditions de mise en œuvre des aides de la P.A.C. : Prime Compensatrice Ovine, Prime au Monde Rural. Il fut également question d’obtenir une aide spécifique à la transhumance, mais ce dossier ne put être mené à terme. Le point d’orgue de cette période fut certainement la grande manifestation du 18 novembre 2000, organisée à Marseille par le Syndicat des Eleveurs de Mérinos d’Arles, qui permis d’affirmer toute la puissance de l’élevage ovin : 3200 brebis Mérinos d’Arles sur le Vieux Port et la Canebière, encadrées par de nombreux éleveurs, cela avait de l’allure !
- La montée en puissance des questions agri-environnementales
Elle fut progressive dans les années 1990. Les premières Opérations Agri-environnementales, notamment dans la plaine de Crau, nous permirent de mieux connaître les différents acteurs locaux de l’environnement, notamment le Conservatoires-Etudes des Ecosystèmes de Provence (CEEP). Un groupe de travail se mit en place autour de ces questions, auquel participait le Comité du Foin de Crau, la D.D.A.F., le C.E.R.P.A.M., l’A.D.A.S.E.A… Ces Mesures Agri-Environnementales (M.A.E.) participèrent au maintien d’un élevage conséquent dans la Crau. Un travail considérable, mené cette-fois-ci en partenariat avec le CERPAM, fut également réalisé autour des questions de Défense de la Forêt Contre les Incendies, notamment dans le massif des Alpilles. De nombreux troupeaux purent ainsi de nouveau pâturer dans le massif, accompagnés là aussi par des M.A.E. : Opération Locale Alpilles et Prime à l’Herbe.
Ce travail de longue haleine avec les acteurs de la protection de l’environnement, que l’on qualifie aujourd’hui volontiers de « rapport gagnant-gagnant », se précisa rapidement sur la Crau Sèche. Le partenariat entre la Chambre d’Agriculture (Services Aménagement et Elevage) et le CEEP aboutit en effet en 2001 à la création de la Réserve Naturelle Nationale des Coussouls de Crau (environ 7400 ha de Crau Sèche), puis en 2004 à leur désignation comme co-gestionnaires de cette même Réserve. Les éleveurs, au travers de la Chambre d’Agriculture, et les défenseurs de l’environnement sont désormais associés dans la gestion de cet espace unique en Europe. Ce partenariat original, de plus en plus souvent cité en exemple, présage certainement de rapports nouveaux entre l’agriculture et l’environnement dans une acceptation plus large.
- Le rapport avec la société civile
Depuis le début des années 2000, la Chambre d’Agriculture soutient un nouveau projet, qui élargit d’autant plus le cercle des partenaires habituels de l’élevage ovin transhumant : la création d’une Maison de la Transhumance dans la plaine de la Crau, sur le Domaine départemental des Aulnes (Saint-Martin-de-Crau). Il s’agit cette fois-ci de faire connaître et reconnaître la place essentielle du pastoralisme dans nos sociétés (entre Provence et Alpes, mais également dans tous les pays du pourtour du bassin méditerranéen) ainsi que de promouvoir l’élevage transhumant comme modèle pour l’agriculture durable de demain. Les domaines culturels, sociaux, pédagogiques, touristiques, (…) sont désormais explorés. La mise en œuvre de cette Maison de la Transhumance, aujourd’hui acquise (son ouverture est prévue pour l’automne 2009), constitue désormais le nouveau pari que nous nous sommes fixés. Il faut aujourd’hui aller très vite car de lourdes menaces pèsent de nouveau sur l’avenir des éleveurs transhumants : une valorisation de la viande ovine de nouveau très difficile, un prix du foncier problématique pour l’installation de jeunes éleveurs, des questions sanitaires de plus en plus complexes, des problèmes de prédation en alpages… Il est désormais grand temps que notre société mesure toute l’urgence qu’il y a à défendre et re-développer l’élevage extensif transhumant !