Qu’il fût long le chemin pour créer les premières Chambres d’agriculture françaises ! Entre les changements de régimes politiques qui ont secoué l’histoire du pays, les luttes d’intérêts et les relations conflictuelles au sein des premières sociétés d’agriculture, il faut bien remonter à l’époque de la Révolution Française pour découvrir les premières tentatives de cohésion au sein du monde agricole. Car si aujourd’hui, le rôle des Chambres d’agriculture est bien admis dans le paysage territorial, il ne fait aucun doute que la création de ces chambres consulaires ne s’est pas faite sans embûches. Pourtant, dès la Révolution, les pouvoirs publics reconnaissent leur utilité et soutiennent la création de sociétés agricoles, comme les comices, chargées d’organiser fêtes et concours agricoles. La loi votée les 20 et 25 mars 1851, chargera ces mêmes comices d’élire les membres des Chambres Départementales d’Agriculture.
Mais toutes ces années d’efforts seront bientôt balayées par un évènement : le coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte. Le 2 décembre 1851, la brève existence des Chambres d’agriculture s’achève brusquement à l’annonce du décret-loi du 25 mars 1852 qui les remplace par des Chambres d’Arrondissement, dont la composition est soumise à l’autorité du Préfet.
A la fin du Second Empire, plus précisément en 1884, la loi Waldeck-Rousseau redonnent un second souffle à ce qui fût jusqu’alors, de vaines tentatives de cohésion, en légalisant la création de groupes. Face à la multiplicité des problèmes rencontrés dans l’agriculture, à cette époque, les conflits se développent, les antagonismes idéologiques sèment le trouble, laïcs et catholiques s’affrontent. C’est la naissance des premières organisations syndicales…
Au début du XXème siècle, un événement historique va bousculer le monde agricole et précipiter la création des Chambres d’agriculture : la Première Guerre Mondiale. Pour faire face à une pénurie de main-d’œuvre et intensifier la production, le gouvernement décide d’intervenir en instituant ce que l’on appelle, en 1919, les « offices agricoles ». Il faudra cependant attendre la loi du 3 janvier 1924 pour que les Chambres d’agriculture soient reconnues en tant qu’institution professionnelle et 1927, année des premières élections au suffrage universel professionnel, pour que cette loi soit véritablement mise en application. Mais le gouvernement limite encore les ressources financières de ces toutes nouvelles Chambres d’agriculture, bientôt remises en question par le gouvernement de Vichy qui décide à son tour d’interrompre leur développement par la loi du 4 décembre 1940. Heureusement, plus de peur que de mal : l’ordonnance du 12 octobre 1944 constatera la nullité de cette loi et les Chambres d’agriculture sont rétablies sur le fondement de la loi du 3 janvier 1924 par le ministre de l’Agriculture en personne.
Dès lors, plus rien n’empêchera les Chambres d’agriculture de se développer. Depuis 1949, plusieurs textes déterminent leur rôle en matière de développement agricole, économique et financier ainsi que les modalités d’élection de leurs membres. C’est le décret du 4 octobre 1966 qui transfère la responsabilité des actions à des structures départementales afin d’assurer une meilleure adaptation des programmes. Aujourd’hui, 94 Chambres départementales d’agriculture constituent l’échelon opérationnel de base, remplissant une double mission : un rôle consultatif auprès des pouvoirs publics et une mission d’intervention dans les secteurs du monde agricole.